28.04.2009

pub et politique

Rabin-Mitterand-et-Peres.jpgUn président porté au pouvoir grâce à la pub? Plus que tout autre, François Mitterrand aura contribué à installer la publicité au coeur des campagnes électorales des années 1980. En la matière, un personnage va jouer un rôle centrale: Jacques Pilhan, collaborateur de Jacques Séguéla pour la campagne sur la "force tranquille" et, dès 1981, conseiller en communication de l'Elysée et de Matignon. C'est lui qui convertit la gauche à l'idée que la communication à l'américaine peut être un instrument non seulement de conquête mais aussi de pérennisation du pouvoir. En 1984, il crée une agence chargée de promouvoir l'image du président de la République ainsi que celle d'entreprises ou d'institutions publiques. La publicité n'est plus vue comme un mal nécessaire propre à toute société capitaliste mais comme la marque d'une civilisation moderne au diapason de laquelle les nouvelles générations socialistes doivent s'accorder. L'argent coule à flots, les affiches sont imprimées en masse et les valises de billets circulent.

[...] Jacques Pilhan a poussé si loin le sens du produit "branché" et de l'adaptation au marché qu'il s'est mis au service de Jacques Chirac et de sa fille Claude lors de l'élection présidentielle de 1995. Sept ans plus tard, Lionel Jospin puise à son tour dans le sérail de Jacques Séguéla pour mener campagne sur le "présider autrement". A l'écoute de ses spin doctors, le locataire de Matignon en oublie de faire appel aux militants du Parti socialiste, priés de s'effacer devant le savoir-faire des gourous de la communication. Une stratégie couronnée de succès le 21 avril 2002.

[...] Quand la publicité se mêle de politique, ce n'est évidemment pas de façon désintéressée. Une campagne électorale fournit toujours l'occasion de nouer des relations étroites avec de futurs gouvernants susceptibles de faire alléger les lois contraignantes et de confier à une agence un budget de communication publique ou une campagne d'intérêt général. [...] La proximité d'intérêts des grandes agences avec les idées libérales ne fait guère de doute. Seule une idéologie prônant un interventionnisme minimal de l'Etat, la privatisation des biens et la mise en concurrence des services joue en faveur d'un développement des dépenses de publicité et, partant, de la rémunération des agences. La posture mitterrandienne d'un Jacques Séguéla ne doit donc pas faire illusion: la publicité s'est mise au service d'un discours électoral, d'un homme, avant de s'employer à le faire évoluer dans un sens conforme à ses intérêts: "Mitterrand est le premier qui comprendra qu'il fallait passer de la propagande à l'information et, très vite, de l'information à la communication", dit-il. Les temps se prêtent alors à la mise en scène publicitaire: tournant de la rigueur et promotion du slogan "Vive la crise!", réhabilitation du profit... Si les agences de publicité mettent leur "art" au service des politiques, elles sont d'abord à l'écoute des grandes entreprises capitalistes qui les font vivre. Ainsi la propagande électorale a-t-elle fini par se fondre dans les intérêts de la publicité.

Marie Bénilde, On achète bien les cerveaux, 2008.

 

mais tout ça n'est probablement qu'un tissu de calomnies puisque:

La publicité du XXIème siècle sera éthique ou ne sera pas.

Jacques Séguéla.

25.04.2009

pub et santé publique

clope pekin.jpgIl n'existe pas de publicité sans profit. Une campagne pour l'INPES (Institut national de prévention et d'éducation pour la santé), en 2002, mettait en évidence les agents toxiques qui entrent dans la composition de la cigarette. Remarquée par les professionnels, elle assura la renommée de ses concepteurs. L'un d'entre eux a ensuite rejoint le groupe Leo Burnett (Publicis), où il s'est efforcé de développer la consommation des tabacs Philip Morris dans des pays à fort potentiel comme la Chine.

La publicité ne connaît pas de frontières. Pas même, parfois, celles de la légalité. Depuis l'entrée en vigueur de la loi Evin, en janvier 1992, qui interdit toute promotion directe ou indirecte du tabac, les publicitaires sont passés maîtres dans l'art de contourner la législation: animations dans les lieux de vente, échantillonnage de produits dérivés lors d'événements culturels ou sportifs... La Communauté européenne n'est en effet jamais parvenue à faire adopter la directive de 1998 qui prévoyait d'interdire toute communication des fabricants de tabac: il en allait de la rediffusion des grands prix de formule 1.

Désormais, les industriels de la cigarette se tournent vers des marchés émergents, comme l'Inde, la Chine ou la Turquie. Des pays où la communication n'est pas soumise aux mêmes contraintes et où les états-majors du marketing publicitaire ciblent des populations jeunes considérées comme "vierges" à l'aide de distributions gratuites dans les discothèques, du sponsoring des activités sportives, etc. Il en va de même pour les alcool: les fabricants conçoivent des produits de transition fruités, sucrés et légèrement alcoolisés pour convaincre des générations entières d'adopter les nouveaux modes de vie occidentaux. Face à de telles stratégies, les gouvernements préfèrent généralement traiter les effets par des politiques de santé publique plutôt qu'agir sur les causes en limitant le champ d'action du marketing.

Marie Bénilde, On achète bien les cerveaux, 2008.

 

gardons néanmoins à l'esprit que:

La publicité du XXIème siècle sera éthique ou ne sera pas.

Jacques Séguéla.

23.04.2009

on achète bien les cerveaux

marie bénilde - on achète bien les cerveaux.jpgDans les pays développés, la pression publicitaire atteint une telle ampleur qu'elle génère de multiples effets pervers dont on commence seulement à prendre la mesure: altération du fonctionnement des médias, menaces sur l'information, concurrence faussée, envahissement des marques, aliénation de l'individu... La publicité n'a plus rien d'une douce musique d'ambiance mais s'impose à nous sous son vrai visage: une idéologie au service de la préservation d'un ordre économique et social.

Marie Bénilde, On achète bien les cerveaux, 2008.

 

 

 

 

mais rassurez-vous:

La publicité du XXIème siècle sera éthique ou ne sera pas.

Jacques Séguéla.

21.04.2009

la théorie du salarié méchant

Le_capitalisme_ne_recule_devant_rien.jpgOn pourrait penser que, prenant conscience du fait que leurs collègues sont au chômage par leur faute, les salariés qui ont un travail sympathiseraient avec l'idée qu'ils doivent renoncer à tirer parti de leur nature frivole et vagabonde, laquelle leur permet d'empocher la rente (sous forme de hausse de salaire) qui est le prix de leur fidélité. C'est trop compter sur leur bonté d'âme! Ces insiders confortablement assis sur leurs privilèges n'hésiteront pas au passage à pousser leur avantage, et à mener la vie dure aux outsiders. C'est ce qu'a bien perçu la théorie du salarié méchant, appelée fort sobrement "le modèle insiders-outsiders".

Lorsqu'il existe du chômage, la tentation pourrait être grande pour les salariés restés sur le carreau (les outsiders) de proposer leurs services à bas prix aux patrons, pour concurrencer les insiders. Une telle baisse des enchères serait susceptible de ramener le plein-emploi. Dès lors, il suffit de comprendre pourquoi cette baisse du salaire ne peut en vérité se produire, pour justifier la persistance du chômage.

C'est que les insiders ont une capacité de nuisance qu'on imagine à peine. Si des outsiders tentaient d'en rabattre sur leurs prétentions salariales (pour se faire embaucher), les insiders pourraient se venger de deux manières: en refusant de coopérer avec zèle avec ces nouveaux arrivants (par exemple, en refusant de les former à leurs nouvelles tâches), et en les harcelant pour leur gâcher une partie de leur plaisir. Ceci provoquerait, d'un côté, une augmentation des coûts de rotation de la main-d'oeuvre pour l'entreprise (une embauche serait alors d'autant plus coûteuse que les anciens refuseraient de coopérer avec les nouveaux) et de l'autre côté, celui des outsiders, une augmentation de leur salaire de réservation (pour compenser les désagréments que s'apprêtent à leur faire subir leurs futurs collègues). Autrement dit, si les outsiders proposent de baisser les salaires pour se faire embaucher, les insiders ont le pouvoir de rendre leur embauche tout de même coûteuse à l'entreprise (en limitant leur coopération avec eux), à quoi s'ajoute le pouvoir de faire passer le goût aux outsiders de diminuer leur salaire (en leur promettant la vie dure). Puisque l'embauche risque finalement de se révéler coûteuse pour l'entreprise, et que le harcèlement subi par les outsiders les dissuade de baisser leur salaire, le chômage est une situation d'équilibre.

Au total, le pouvoir de nuisance des salariés en place est responsable du chômage des laissés-pour-compte. Et si l'affaire paraît immorale, c'est que l'on perd de vue que si les outsiders étaient à la place des insiders, ils feraient exactement la même chose.

Avouons-le cependant, dire que les insiders sont des salariés méchants n'est pas une traduction honnête de l'esprit de cette théorie. Ils sont plutôt égoïstes, et potentiellement méchants. Ceux qui ont un emploi ne se réjouissent pas, en effet, du chômage des autres. Ils ne font que tirer avantage du droit du premier arrivant, qui leur dispense une rente de situation (un salaire supérieur au taux qui équilibrerait le marché) extorquée par le pouvoir de nuisance dont ils disposent. Toutefois, qui peut nuire n'est pas forcément méchant, d'autant qu'à l'équilibre il ne se passe rien: pas de nouvelle embauche, pas de harcèlement donc, et encore moins de comportements non coopératifs. Tout est dans la menace, au cas où...

Il y a ainsi, dans cette théorie, comme un ressort digne des films d'épouvante, où plane partout une menace, qu'on ne voit jamais, mais qui règle la tragédie. Ce qui a l'avantage pratique de combiner le plaisir qu'on éprouve à se faire peur, avec le constat d'une réalité paisible où les salariés au travail sont en apparence d'honnêtes travailleurs. Brrrr...!

Ayons toutefois une pensée émue pour les patrons, que ces menaces intimident tout de même, et qui se trouvent finalement rançonnés par leurs propres salariés, puisqu'ils doivent les payer plus cher pour apaiser leur courroux. Halte à l'exploitation des petits capitalistes par les gros salariés!

Laurent Cordonnier, Pas de pitié pour les gueux, 2000.

 

petit bouquin hilarant qui passe en revue le tissu de propagande constitué par les diverses théories économiques du chômage

18.04.2009

la globalisation ça marche à quoi?

Un Hold-Up Géant.jpgAu fric. Il n'est pas forcément inutile de le rappeler: ramenée à l'essentiel, débarrassée de tout clinquant, la globalisation c'est une histoire de gros sous. C'est un mouvement de l'argent. C'est l'argent qui cherche un terrain de jeu plus vaste, parce qu'à force d'être confiné dans un même espace il a du mal à se multiplier, et il s'asphyxie. Pendant des siècles, cette petite pratique a voulu dire une seule et unique chose: faire la guerre. Envahir la ville voisine. On les raconte différemment, mais les guerres ont toujours été faites pour remettre l'argent en mouvement, pour conquérir d'autres marchés, pour s'emparer des ressources des autres. Faire respirer l'argent.

Si je voulais faire une comparaison, ce qui me viendrait à l'esprit ce serait la conquête de l'Ouest. Là aussi l'objectif était d'agrandir le terrain de jeu de l'argent pour lui permettre de se reproduire. Le Far-West était l'agrandissement idéal du terrain de jeu: des kilomètres de terres qu'ils suffisait d'aller prendre [en passant sur le cadavre encore tiédasse des Indiens coco faudrait voir à pas l'oublier, n.d'.i.j.] pour les remplir de consommateurs. Le seul problème, pour le monde d'alors [à part les Indiens], c'était la distance. Et voici la solution: le chemin de fer. Un peu comme internet aujourd'hui, le chemin de fer raccourcissait l'espace et le temps. Il transformait un espace gigantesque en un unique pays. Il fallait cependant le construire, et pour cela il fallait de l'argent, et pour en trouver il fallait qu'il y ait tout de même des gens prêts à risquer leurs propres sous, et après cela il fallait encore qu'un tas de gens aient vraiment envie de monter dans ce train et de s'en aller refaire leur vie à des milliers de kilomètres de là. Il fallait qu'un tas de gens soient convaincus que l'Ouest, ça existait vraiment. Jamais ils ne seraient partis, ces trains, si l'on n'avait pas réussi, bien avant de les construire, à y faire monter l'imagination des gens.

Il y a dix ans, la globalisation c'était exactement ce genre de chose. Une chose qui n'existait pas mais qui pouvait devenir réelle: à la condition que tout le monde se persuade qu'elle existait.

Alessandro Baricco, Next. Petit livre sur la globalisation et le monde à venir, 2002.

15.04.2009

comme si on était des chinois

sport-shoes.jpgQuand j'étais petit (nous parlons de la fin des années 60) il y avait le jour où l'on allait acheter les chaussures de sport. Le magasin où l'on allait était aussi celui où l'on achetait les caoutchoucs et les chaussures du dimanche, sauf que dans un coin il y avait le rayon minuscule des chaussures de sport. En général il était un peu sur le côté, de toute façon loin des vitrines. C'était tout petit. Par rapport au reste du magasin, c'était comme l'heure de la récréation pendant une journée à l'école chez les curés. En ce temps-là, quand il fallait acheter des chaussures de sport, le choix était pratiquement limité à: Superga beige et Superga bleues. Enfin, dans ma famille c'était comme ça. En réalité, d'autres possibilités, il y en avait, du moins en théorie. Les plus chics et/ou riches achetaient les mythiques Adidas, trois bandes sur le côté, semelle profilée, renforts devant et derrière. Il y en avait de quatre sortes. Plus élitistes encore, les Puma: très peu en avaient, et elles étaient regardées avec un grand respect. Bref, quand on devait acheter des chaussures de sport, en ces temps-là, le choix, en étant généreux, se répartissait entre sept, huit modèles.

Il faut rappeler aussi que les chaussures de sport se mettaient quand on allait faire de la gymnastique, et pas à d'autres occasions (pourquoi les abîmer?). Je ne me rappelle pas avoir jamais vu mon père avec des chaussures de sport, et je vous jure que c'était un type plutôt sportif.

J'ajoute un détail effrayant. Quand tu achetais des chaussures de sport, la dame du magasin t'offrait une petite balle en caoutchouc. La chose effrayante, c'est que c'était un événement, quelque chose à quoi tu repensais pendant des semaines, que tu racontais. Dans ce monde-là, si le marchand t'offrait une petite balle en caoutchouc, tu allais le raconter partout.

Et un truc encore. Effrayant, ça aussi. Je me rappelle que puisque tout le monde avait des Superga et que dans la salle de gym on était tous là avec les mêmes chaussures comme si on était des Chinois, certains d'entre nous, les plus originaux, n'arrivaient pas à accepter ça, qu'on soit tous pareils, et alors, pour essayer d'être différents, pour vaincre la monoculture de la chaussure, ils décidaient de se rebeller en dessinant quelque chose au stylo-bille sur leurs Superga.

Et maintenant un grand saut dans la machine du temps. Imaginez que vous avez un fils d'une douzaine d'années et que vous l'emmenez acheter des chaussures de sport. Pas besoin que je vous le raconte. Vous pouvez très bien refaire la scène tout seul. Mais regardez-la bien, regardez-la jusqu'au bout. Le genre de magasin, les têtes des vendeurs, la musique qu'on entend, les couleurs, les posters sur les murs, les inscriptions en anglais, les objets qui ne sont pas des chaussures mais qu'ils vendent aussi là-dedans, le sourire de Michael Jordan, ou de Ronaldo, ou de Baggio, les centaines de chaussures qui sont accrochées aux murs, les dizaines d'idées différentes de chaussures qui sont suspendues là, le siège dans lequel votre fils s'assied pour les essayer, la glace dans laquelle il se regarde, les chaussettes que vous lui achetez en plus parce qu'elles sont accrochées près de la caisse et qu'il les veut, la boîte où on met les chaussures neuves, le sac du magasin, la tête de votre fils qui sort de là avec ses chaussures neuves...

Alessandro Baricco, Next. Petit livre sur la globalisation et le monde à venir, 2002.

14.04.2009

j'ai même pas envie de me battre

serval.jpgdu tout

au fond je sais pas pourquoi je me crève le cul à écrire ou recopier toutes ces conneries, juste pour garder la tête hors de l'eau peut-être mais en vérité j'ai même pas envie de lutter

pourquoi tant de luttes?

soyons zen

convaincre? convaincre les autres qu'il faut être anticapitaliste et décroissant? tu veux dire expliquer le truc à des crétins tellement obtus qu'ils pigent pas ça tout seuls? j'aime encore mieux foutre la tête dans le con d'une femelle éléphant (bukowski), y'a des trucs qui s'expliquent pas

ok t'énerve pas, sois zen je te dis, sinon je te pète la gueule

bon admettons que j'arrive à convaincre cinq abrutis, mettons groumpf, régis, le chien à régis, ma soeur (cette truie) et l'autre enculé qu'elle a épousé, çui qui hurle à la mort et castagne ses chiards à coups de ceinturon quand ils foutent un coude sur la table ou qu'ils ont une mauvaise note à l'école, lui pour le convaincre il me faudra bien dix ans et après on va où avec une équipe de bras cassés pareille hein?

et même soyons fous, supposons qu'en pétant je répande des vapeurs hypnotiques ou alors que mon style s'améliore à tel point que j'arrive au bout de vingt piges d'efforts à convaincre comme besancenot avec sa belle gueule des centaines, voire des milliers de pauvres cons, bon, on fait quoi?

décroissance c'est bien joli mais ça veut rien dire

on se fixe des objectifs réalistes, c'est ce qu'ils disent dans le manuel du petit résistant, on fait "pouf-pouf-ce-se-ra-toi-qui-se-ra-ré-so-lu-en-pre-mier-mais-si-le-roi-ne-le-veut-pas..." etc. et là ça tombe disons sur le problème de la bagnole, alors mon troupeau d'adorateurs et moi on fait la grève de la bagnole, on fait plein de manifs et surtout on roule en vélo tous les jours, la révolution ça commence par son propre mode de vie, on a super l'air con au milieu des embouteillages mais on s'en branle et un jour on crève du cancer comme tout le monde et on a rien résolu, les milliards d'autres veaux ont continué à polluer sans se poser la moindre question dans leur cervelle bien lavée par la télé, à part de se dire qu'est-ce qu'elle me fait chier cette salope avec sa bécane pourrave pourquoi qu'elle se range pas je vais être en retard au taf sale pute écolo de mes couilles etc., c'est même pas qu'ils soient tellement cons les milliards de veaux en question, pas plus cons que moi, ça serait dur, mais c'est juste qu'ils y pensent pas, ils pensent à que dalle, ils ont la caboche remplie par les nouvelles du 20 heures et ça leur suffit, ça occupe toute la place

et même même alors puisque t'insistes supposons même qu'avec mes milliers de lèche-culs au lieu de faire du vélo comme des mongoliens on foute le feu à l'élysée et qu'on installe une dictature féroce interdisant les bagnoles, la pub, la guerre, les salaires de plus de mille euros, le nucléaire, l'agriculture chimique, le concours de miss france et des flopées d'autres trucs dangereux pour la santé

bon

on peut faire le malheur des gens contre leur gré hein, ça s'est vu, alors pourquoi pas le bonheur?

mettons que ça marche, je veux dire que non seulement des hordes de débiles en liesse me supplient de rester encore au pouvoir pendant 99 ans et après on verra, mais en plus l'eau redevient (au bout de quatre ou cinq générations hein) potable, l'air respirable, les villes habitables, la bouffe bouffable etc. et c'est là, à ce moment précis que l'échec retentissant de toute une vie de lutte me saute en pleine face en faisant zip quand il roule et bap quand il tourne et brrr quand il marche hé ho attends une minute...

(me dis-je)

il faut se battre pour avoir de l'eau propre maintenant?!

alors là plutôt crever

d'ailleurs ça tombe bien, je suis lâche

08.04.2009

une nouvelle structure de la finance

Les-pieds-nickel-s-avec-la-cagnote.jpgLe développement de la consommation de masse a modifié en profondeur la structure de la propriété financière, soumise à un double mouvement: diffusion de la richesse dans la société et centralisation des fonds au sein d'organismes financiers puissants. Les capitaux ne sont plus la propriété exclusive de quelques riches bourgeois. peu à peu, le nombre et le poids relatif des petits épargnants a grandi. les personnes aux revenus les plus bas disposent elles-mêmes souvent de quelques centaines d'euros sur un livret de caisse d'épargne. Parallèlement à cette répartition sur des bases financières élargies, la gestion financière s'est concentrée en un petit nombre d'organismes très puissants. En drainant les capitaux diffus dans la société, banques, assurances, caisses d'épargne, caisses de retraite sont devenues les centres du pouvoir financier.

Ainsi, le couple prolétariat/bourgeoisie tend à être supplanté par une société de masse qui connaît encore des inégalités marquées, mais dans laquelle chacun, ou presque, est à la fois producteur, petit capitaliste et consommateur. Cependant, les mécanismes fondamentaux demeurent les mêmes. Le moindre épargnant attend que les sommes placées dégagent un profit. Et les organismes financiers se portent garants de cette rentabilité. Autrement dit, le citoyen producteur/consommateur/épargnant est l'acteur essentiel de tout ce fonctionnement, qu'il fasse volontairement ou non tourner les rouages de la machine. Le banquier agit comme exécuteur d'une volonté collective. Quel client lui demandera de dégager moins de profits afin de réduire la dette des pays les plus pauvres?

Gérard Moreau, Dictature de la croissance, 2005.

03.04.2009

elf, la pompe afrique

de/par Nicolas Lambert qui déclare à un journaleux:

On est face à des gens qui ne comprennent pas qu'on puisse leur reprocher de s'être servi du système, et ils sont cohérents dans la mesure où ce ne sont pas les seuls à s'en être servi. Quand ils étaient à Gaz de France, à la SNCF, chez Alcatel etc., ils disent "mais je faisais la même chose! Comment voulez-vous avoir des contrats? C'est comme ça!"

et aussi:

Nous on est arrivés avec une différence de l'espace d'une main entre le niveau des Africains et le niveau des Français, et maintenant on a un abime qui est insurmontable tant que des compagnies transnationales continueront à exploiter ces peuples et ces terres.

31.03.2009

le stade dubaï du capitalisme

dubai.JPGallez, à la demande générale de personne en particulier, voici encore quelques extraits de ce tout petit bouquin édifiant:

 

Zone de guerre

Dubaï est aujourd'hui un partenaire respecté de Washington dans sa "guerre contre le terrorisme" -- elle sert notamment de base aux Américains pour espionner l'Iran. Mais il est probable qu'El Maktoum, comme les autres dirigeants des Emirats, conserve un canal ouvert avec les islamistes radicaux. Si Al-Qaïda le voulait, il pourrait sans doute transformer en "tours infernales" le Burj Al-Arab et d'autres gratte-ciels emblématiques du paysage urbain de l'émirat. Mais jusqu'à présent, Dubaï est l'une des seules villes de la région à avoir complètement échappé aux attentats à la voiture piégée et aux attaques contre les touristes occidentaux. C'est très probablement dû au statut de l'émirat en tant que zone de blanchiment d'argent et refuge haut de gamme, tout comme Tanger dans les années 1940 ou Macao dans les années 1960. Le développement de son économie souterraine est la meilleure police d'assurance de Dubaï contre les attentats suicides et autres détournements d'avions.

 

Incarnation du rêve des réactionnaires américains

... une oasis de libre-entreprise sans impôts, sans syndicats et sans partis d'opposition (ni élections, d'ailleurs). Comme il se doit dans un paradis de la consommation, sa fête nationale -- non officielle --, qui définit aussi son image planétaire, est le fameux Festival du Shopping, parrainé par les vingt-cinq centres commerciaux de la ville. Ce grand moment de folie consumériste démarre tous les 12 janvier et attire pendant un mois quatre millions de consommateurs haut de gamme, provenant essentiellement du Moyen-Orient et d'Asie du Sud.

 

Bangkok du Moyen-Orient

L'émirat est connu pour sa mansuétude à l'égard des vices occidentaux -- à l'exception de la consommation de drogue. Contrairement à ce qui se passe en Arabie Saoudite ou même à Koweit City, l'alcool coule à flots dans les hôtels et les bars pour étrangers de la ville, et personne ne s'indigne de voir des jeunes femmes en bustier léger ou même des baigneuses en string sur la plage. Dubaï -- tous les guides les plus branchés vous le confirmeront -- est aussi le "Bangkok du Moyen-Orient, avec ses milliers de prostituées russes, arméniennes, indiennes ou iraniennes, contrôlées par diverses mafias et gangs transnationaux. Les filles russes accoudées au bar sont la façade glamour d'un sinistre trafic basé sur les enlèvements, l'esclavage sexuel et la violence sadique. Bien entendu, la modernissime administration d'El Maktoum nie toute responsabilité dans cette industrie du sexe florissante, même si les initiés savent parfaitement que les putes sont indispensables pour remplir les hôtels cinq étoiles d'hommes d'affaires européens et arabes. Quand les étrangers vantent l'exceptionnelle "ouverture" de Dubaï, c'est à cette permissivité libidineuse qu'ils font allusion, pas à la liberté syndicale ou à celle de la presse. [voir aussi la petite vidéo à l'adresse: http://current.com/items/76359062/dubai_prostitution.htm]

Mike Davis, Le Stade Dubaï du capitalisme, 2007.

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