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10.04.2009

tout sauf le chômage

work.jpgUn petit fait apparemment banal montre à quel point le travail a pu changer de statut en ce début de XXIème siècle: la disparition des "vêtements du dimanche". Aujourd'hui, on peut se laisser aller le dimanche, sortir sans se raser, porter un gros pantalon de velours ou un jean. Les vêtements plus soignés sont réservés à la semaine: la distinction entre semaine et dimanche existe encore, mais le rapport s'est inversé. Au bureau les tenues choisies, au dimanche le laisser-aller. Cette modification du costume révèle une mutation profonde: la sacralisation a glissé du dimanche aux jours de la semaine. C'est le travail qui est devenu sacré.

[...] La valorisation à laquelle nous assistons ne touche pas tous les aspects du concept de travail. Ce n'est pas une reconnaissance de l'effort, ou du travail manuel; nous n'assistons pas non plus à une revalorisation des professions de grande utilité sociale, celles d'infirmière ou d'instituteur, par exemple. Et c'est encore moins la glorification du beau dans le travail, de ce que l'on appelait "la belle ouvrage". Non, ce qui est à l'honneur aujourd'hui, c'est l'emploi, quel que soit son contenu. Tout, sauf le chômage.

[...] Nous sommes sous la tutelle d'une idéologie fascisante qui veut voir tout le monde au travail. La liberté, l'autonomie de la personne fait peur. Solliciter un emploi, cela signifie aussi chercher quelqu'un qui, chaque jour, me dira ce que je dois faire.

Gérard Moreau, Dictature de la croissance, 2005.

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